Exposition 2009 de la cartonnerie
De Vers une ville plus durable....
Modelée par l'eau et par l'activité humaine...
Qu'est-ce qu'un écoquartier ? C'est avant tout un morceau de ville qui s'inscrit dans une optique écologique de développement durable. C'est un ensemble de bâtiments qui prend en compte l'insertion paysagère, la gestion des flux d'eaux, partie intégrante de l'histoire du site, la gestion de la biodiversité et des mobilités favorisant de nouvelles proximités, et les occupants passés tout comme les habitants à venir. C'est un morceau de ville qui prend en compte l'espace, mais aussi le temps, l'histoire du site et son engagement dans le futur.
Dans la plupart des écoquartiers généralement cités en exemple en Europe, la dimension collective est essentielle et parfois même à la base du projet. Une volonté politique forte accompagnée d’une dynamique citoyenne locale ont permis l’émergence de quartiers comme Vesterbro à Copenhague au Danemark.
Contribuer à construire l'écoquartier de la Cartonnerie implique de comprendre la dynamique des habitants et des acteurs de la ville. Cette dynamique est un gage de pérennisation des aménagements qui seront mis en place puisque les principes du développement durable seront ainsi intégrés aux pratiques sociales, de même que des innovations séduisantes sur le plan technique ne seront mises en oeuvre que si elles peuvent être envisagées en cohérence avec le mode de vie des habitants.
...entre mémoire et avenir : La Cartonnerie
La Ville de Pont-Audemer a été ainsi à la rencontre des habitants, des associations et des services de la ville. Elle a désiré faire en sorte que des habitants puissent exprimer leur vision du site de la Cartonnerie.
Cette exposition est une étape dans la construction d’une relation sensible entre les habitants de Pont-Audemer et le futur de la Cartonnerie autant dire de la Ville. Il s’agit d’en montrer une image qui puisse être vécue, ainsi qu’une idée de la manière dont peut s’habiter un tel quartier et se vivre un futur écologique. En définitive quelle sera cette ville du futur ? L’évoquer, c’est imaginer des alternatives...
Les panneaux de cette exposition montrent des facettes éparses de ce passé : il s’agit de l'histoire industrielle et du vécu des ouvriers (panneaux et vidéos), du port de Pont-Audemer et des usages de l'eau. Le présent et le futur sont aussi évoqués à travers les réalisations du groupe éco-responsable et le projet d'écoquartier...
Tisser le futur et lui donner figure écologique, c'est reprendre le passé et lui assurer de l'avenir....
Mémoires d’eau et d’ingéniérie...
Cette histoire donne la mesure de l’entremêlement de l’eau et de l’activité humaines, des situations géographiques et des modes d’habiter les lieux.
En 1449 à la fin de la guerre de 100 ans, Pont-Audemer est presque détruite par un incendie. Quinze années plus tard, le commerce redémarre ; les dirigeants de la ville payent des charpentiers pour renforcer un talus « au quai de la porte », à l’endroit « qui est le lieu le plus commun où l’on décharge les marchandises venant en cette ville ».
De 1496 à 1517 la ville rachète des terrains le long de la Risle pour aménager un chemin de halage...
Le 6 mai 1518, François 1er donne des lettres patentes « sur le fait de la navigation de la rivière Risle » autorisant l’aménagement de la Risle et permettant une navigation plus aisée. Dès cette date, on développe la navigation maritime et non plus seulement la navigation des canaux qui sillonnent la ville. Il faut ouvrir un port et rendre la rivière navigable jusqu’à son embouchure. Les travaux importants sont à renouveler en raison des nombreux coudes de la Risle, de l’envasement et de l’instabilité de l’embouchure.
En 1522, les dirigeants de la ville se transportent jusque Saint Sanson pour voir où trancher les courbes de la Risle et faire les achats de terrain. Mais ce n’est qu’en 1536 qu’ils rencontrent l’amiral de France pour avoir les autorisations de couper certains empêchements à la montée de la mer jusque la ville.
En 1614 un vrai projet de canal est proposé pour faire monter les bateaux depuis le lieu dit « le Colombier ». Mais, en 1679, une nouvelle proposition est faite pour un canal de la Risle. L’année suivante un arrêt du conseil ordonne l’entreprise de ce nouveau canal, qui deviendra le cours de la Risle et le port d’aujourd’hui.
En 1683 seulement, l’intendant arrête le plan. Ordre est donné à 30 paroisses de la Vicomté de travailler aux ouvrages dudit fossé durant les étés 1683/1684. Le port est construit après curage du fossé et réalisation de la digue avec talus et glacis en pierres de taille en parement. Parallèlement en 1680 d’autres grands travaux ont commencé. Ils consistaient à établir un bassin au pied des anciens remparts et à creuser un canal depuis la ville jusqu’au lieu le Colombier à la pointe de la Roque. Mais cette canalisation était opiniâtrement entravée par Honfleur qui craignait de voir le développement de la navigation de notre ville se faire au détriment de son port.
Le port au fil des siècles
Une partie des travaux mal faits sont balayés par l’inondation de 1701. La rivière a quitté une partie de son ancien cours. On abandonne le terrain aux propriétaires des prés sur lesquels se prend le halage. En 1711, les inondations hivernales ont emporté une grande partie des ouvrages terminés, ainsi que la plus grande part des terres du côté de Saint-Aignan. Le port a doublé de largeur et une île s’est formée au milieu du bassin.
En 1750, les bateaux, destinés à l'approvisionnement du sel, pouvaient à peine remonter jusqu'à la Ruelle. Sur un plan de l’architecte Le Bouiller de 1755, l’île est toujours présente et le port inutilisable.
En 1780, « L'état actuel de la rivière empêche depuis une 12ème d'année les navires de venir jusqu'au quai de la ruelle. » Alfred Canel signale, dans son ouvrage sur l’histoire de la ville, qu’en 1833 « le plus urgent étant de déblayer le lit de la rivière et de créer un nouveau port sur l'emplacement même du bassin dévasté par l'inondation de 1711 ».
Vers 1840, sur « les prairies de la Madeleine », propriété de la Compagnie Risloise, est établie une importante papeterie qui, incendiée dans la nuit du 1er janvier 1848, est reconstruite sans retard et est ensuite agrandie. Sur le même site, vers 1840 également, est installée une fonderie qui ferma en 1847 pour être transformée quelques temps après en moulin à tan et en laminerie de zinc. Ce quai eut, à cette époque, une grande activité.
En 1847, on débute les travaux pour redresser et couper les coudes nuisibles et en 1855, le manque d’argent pour les curages fait que « la navigation rencontre plus d’obstacles que jamais » Cependant en juin 1856, on établissait un service régulier de bateaux à vapeur, entre le Havre et Pont-Audemer !
De 1865 à 1870, des travaux pour toujours améliorer la navigation sont exécutés.
En 1880, on pouvait aller directement de Londres à Pont-Audemer.
Mémoires d’ouvriers et d’industries...
Un des temps forts de cette histoire remonte à 1838, date de la fondation de la Compagnie des Établissements de la Risle. Cette Compagnie désire tirer parti au maximum de la situation des terrains bordant le port de Pont-Audemer. Pour cela, elle regroupe dans ce qu'elle appelle l'usine de la Madeleine plusieurs productions. On y trouve une usine à fabriquer le fer jusqu'en 1853, des laminoirs à zinc jusqu'en 1871, un moulin à blé jusqu'en 1891, un moulin à tan, avec battage de cuir, jusqu'en 1902 et, dès 1843, une papeterie.
En 1870, la Compagnie des Établissements de la Risle devient société anonyme. Elle se consacre à développer la fabrication du papier : elle modernise ses deux machines à papier et installe des ateliers de façonnage, qu'elle délocalise d'une papeterie qui lui appartient à Conty, dans la Somme. Ces ateliers produisent notamment des sacs en papier destinés au conditionnement du ciment.
Après la guerre de 1914-1918, la Société s'étend sur la rive gauche de la Risle en y construisant l'usine de la Ballastière. M. René Faillot, qui dirige l'usine depuis 1915, s'emploie alors à trouver des solutions pour faciliter les liaisons entre les deux sites.
Un pont tournant est construit en 1948, puis, en 1951, est réalisé le transport de vapeur entre les deux usines : la centrale de la Ballastière alimente en vapeur les 2 machines à papier de la Madeleine.
En 1955, après le déplacement de la machine n°3 vers l'usine de la Ballastière, il ne reste plus qu'une seule machine à papier sur le site de la Madeleine : la machine n°2. Celle-ci fabrique du carton feutre qui est utilisé, une fois enduit de bitume, pour l'étanchéité des toitures.
De la Madeleine à la Cartonnerie
A la même période, l'usine se dote de nouvelles infrastructures : on y construit une centrale électrique et une station d'épuration d'eau.
En 1982, la Compagnie des Etablissements de la Risle décide de céder, de manière séparée, ses deux sites de production. L'histoire de l'usine de la Madeleine se poursuit alors sous le nom de Cartonnerie de Pont-Audemer. La PME continue à produire du carton feutre à partir de matières premières issues de la récupération (vieux papiers, sciure, chiffons), mais ce produit est en perte de vitesse. Pour faire face aux difficultés, la cartonnerie tente de diversifier sa production avec le feutrasol, une sous couche d'isolation phonique, qu'elle met au point et fabrique.
Dans les années 1990, la Cartonnerie connaît des difficultés financières. Elle doit rembourser des créanciers et ne peut se permettre d’investir dans le matériel ou dans la mise au point de nouveaux produits. La situation se détériore d’année en année et la mise en liquidation est décidée le 27 mai 2005. Les 43 personnes qui travaillent dans l’entreprise sont licenciées un mois plus tard.
Un site aujourd’hui et demain : l’écoquartier
- Instaurer de multiples relations entre ce quartier et le centre ville de Pont-Audemer, pour unir les deux rives de la Risle autour d’un grand dispositif à forte valeur environnementale. Cette reconversion constitue l'occasion de créer une nouvelle image de l'équilibre possible entre ville et nature en regard de la rive "urbaine" de la ville historique. C’est un nouvel âge dont le site de la Cartonnerie est un symbole fort : symbole de la mutation d'un site industriel vers un site aux équilibres environnementaux renouvelés, symbole d'une mise en valeur du contexte géographique au coeur de la ville...
- Être le témoin du grand paysage de l'estuaire de la Risle, importé au coeur de la ville. Le jeu des marées, des pulsations de la rivière s’expriment dans le jeu des variations des dimensions et des usages du parc accompagnant les berges, par une succession de végétaux (frange aquatique, frange amphibie, frange terrestre), qui correspondent à la rencontre des eaux douces et des eaux de mer.
- Être témoin du renouvellement de la ville, des pratiques et des habitats qui la caractérisent, des activités qui la peuplent, des loisirs qui la rendent attractive. De nouvelles échelles et formes de densité participent à l'écriture et à l'équilibre d'un paysage mixte, ni totalement naturel, ni totalement urbain. La mixité des affectations et des typologies bâties suscite une composition sociale équilibrée, un quartier aux multiples fréquentations, renforçant l'attractivité de la ville toute entière.
Le futur quartier de la Cartonnerie sera un lieu pour tous. La mixité du programme entre habitat et lieux de travail offriront aux résidents et aux actifs leurs lieux de vie quotidiens. Les promeneurs et flâneurs y goûteront un nouveau contact avec la nature. Touristes et pêcheurs viendront profiter à deux pas du centre ville d'espaces ludiques formant l'antichambre d'itinéraires de randonnées sillonnant la Vallée de la Risle.
Faisant intervenir l’identité géographique du site, le projet se compose d'une série de strates s'échelonnant dans la profondeur, depuis les berges du cours d'eau jusqu'au pied du coteau :
- La première strate est occupée par le parc des berges de la Risle qui constitue un nouveau lien, une nouvelle promenade menant du centre ville à la zone des étangs.
- La deuxième strate accueille les terrasses légèrement surélevées qui constituent autant de belvédères vers le parc et proposent ainsi des situations très valorisantes pour l'habitat collectif qui jouit d'orientations solaires favorables.
- La troisième strate est occupée par la voirie principale, qui dessert le quartier et se connecte à l'ouest avec un nouveau franchissement reliant le quartier au centre ville.
- Cette voie délimite une quatrième strate qui accueille en alternance les "cours artisanales » dédiées aux activités et des groupes de parcelles permettant l’habitat individuel. Cette épaisseur est traversée d’un chemin piéton qui permet d’accéder à une promenade qui articule le quartier au coteau et au bâti existant, en longeant la petite Risle.
Des gestes d’aujourd’hui et demain : l’écoresponsabilité des services
Depuis la fin de l'année 2006 les services de la communauté de communes de Pont-Audemer se sont engagés dans cette démarche. Ceci est cohérent avec la volonté de la collectivité de s'investir sur les thèmes du développement durable, dans l'ensemble de ses domaines d'intervention.
Ce nouveau projet est mené en partenariat avec le Parc Naturel Régional des Boucles de la Seine Normande dont les techniciens proposent leur appui à différentes étapes (diagnostics environnementaux, participation aux réunions de suivi, proposition d'actions,...) et en relation avec les partenaires régionaux (ADEME, AREHN, DREAL, Agence de l'eau,...).
Un groupe de travail a été constitué et mobilisé autour de cette démarche. Ce groupe est animé par un technicien du Parc Naturel Régional des Boucles de la Seine normande et se réunit tous les deux mois. Il réunit des agents de la communauté de communes qui jouent ensuite le rôle de relais, chacun sur son lieu de travail, et sur les services dont il est le représentant.
Après une phase d'état des lieux en 2007, les premières actions ont été engagées (techniques biologiques pour l'entretien des espaces verts, économies de papier au niveau des services administratifs, mise en place ou amélioration du tri sélectif) et un programme d'actions a été développé : remplacement du papier de la collectivité par du papier recyclé, communication sur les bons gestes, achat d'un broyeur à végétaux afin de réduire les quantités de déchets à collecter...
Un temps de sensibilisation auprès de l'ensemble des agents a été organisé autour du thème « Maîtrise des consommations énergétiques » en 2008 avec l'envie de renouveler l'opération chaque année sur un thème différent.
Au-delà de l'aspect environnemental, l'amélioration pourra également se traduire par des économies de gestion (énergie, eau, consommables, etc.) permettant d'optimiser certains coûts de fonctionnement.

